Du franc CFA à l'éco : retour sur une conversion monétaire controversée

Kako Nubukpo est coordonnateur des Etats Généraux de l'éco.

Cette communication est une reproduction du premier chapitre de son ouvrage « Demain, la souveraineté monétaire ? Du franc CFA à l'éco », édité par la Fondation Jean Jaurès, et disponible gratuitement à cette adresse.

La zone franc1, depuis ses origines, est marquée par une grande variété de situations, notamment des sorties et des entrées de certains pays, et une évolution progressive des paradigmes qui constituent sa marque de fabrique. Elle est également consubstantielle au franc CFA, dont l'histoire rappelle la violence de la mise en place de la monnaie. Le franc CFA a été imposé aux Africains dans le cadre de la colonisation française. Il est le produit de la création de la banque du Sénégal en 1855, créée grâce aux ressources versées par la métropole française aux esclavagistes en guise de réparation à la suite de l'abolition de l'esclavage le 27 avril 1848. Cette banque deviendra, au début du XXème siècle, la banque de l'Afrique de l'Ouest (BAO), qui sera chargé d'émettre la monnaie ancêtre du franc CFA qui naîtra officiellement le 26 décembre 1945, dix ans avant la création de l'Institut d'émission de l'Afrique occidentale française (AOF) et du Togo, lequel institut deviendra la BCEAO, banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest, quelques années plus tard (1959). C'est dire si le fait monétaire en Afrique francophone épouse les contours de la violence esclavagiste, coloniale et post-coloniale, ce qui explique sans doute les critiques récurrentes et les tentatives de dépassement dont la zone franc fait l'objet.

Au titre de ces tentatives de dépassement figure en bonne place le projet de création de l'éco, future monnaie dont le périmètre devrait être celui des quinze États de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). L'annonce faite à Abidjan le 21 décembre 2019 par les présidents français et ivoirien du changement à brève échéance de nom du franc CFA en éco a été l'occasion de débats houleux sur l'avenir du franc CFA. L'objectif de ce chapitre est de démêler l'écheveau du fait monétaire en Afrique de l'Ouest, en optant pour une approche plurielle, conforme à la complexité du fait monétaire.

La dévaluation du franc CFA de janvier 1994 : pourquoi ?

La situation économique de la zone franc et le contexte international

À partir de 1985, la situation économique et financière des pays en développement va se détériorer rapidement. Après une période marquée par des taux d'intérêt faibles permettant de s'endetter à moindre coût, on constate une hausse brutale de ces taux, une chute du prix des produits de base et une récession mondiale quasi générale qui affecte lourdement ces économies.

Si la reprise se manifeste dès 1992 pour les pays industrialisés (avec cependant une forte accélération du chômage), il n'en va pas de même pour l'Afrique en général2.

En zone franc notamment, les recettes à l'exportation se sont fortement contractées, provoquant, par contrecoup, une chute des recettes publiques constituées en grande partie par les recettes douanières. Les gouvernements n'ont pas pris suffisamment tôt la mesure de ce choc et les déficits budgétaires se sont creusés. L'évolution négative des principaux indicateurs traduit clairement l'ampleur de cette crise économique et financière dans laquelle sont entrés les pays de la zone franc : le PIB a diminué en volume de 0,6 % en moyenne sur la période 1986-1993, (-3,6 % par habitant) contre une croissance de 4,6 % par an sur la période 1975-1985 (+ 1,6 % par habitant) ; le déficit budgétaire cumulé sur l'ensemble de la zone est passé de 5 % du PIB en moyenne de 1975 à 1985, à 7,6 % entre 1986 et 1993 ; les paiements extérieurs se sont dégradés. Le déficit de la balance courante est ainsi passé de 6,5 % du PIB en moyenne entre 1975 et 1985 à 7,4 % sur la période 1986-19933.

Alors que les apports de capitaux s'amenuisaient (baisse des investissements directs étrangers et de l'aide publique au développement), les remboursements des emprunts extérieurs ont pesé lourdement sur la balance des paiements. L'endettement extérieur a progressé de 25 milliards de dollars environ en 1985 à 48,6 milliards en 1993, soit quasiment le double, très partiellement compensé par la dévalorisation du dollar face au franc français de 22 %. De ce fait, plusieurs pays ont été confrontés à des crises sévères d'endettement. Entre 1989 et 1991, tous les pays africains membres de la zone franc ont obtenu un rééchelonnement de leur dette extérieure publique auprès des créanciers du Club de Paris, mesure insuffisante cependant pour rétablir les équilibres extérieurs.

Une dévaluation liée à des causes externes...

Les pays de la zone franc présentaient des économies peu diversifiées et très dépendantes de l'exportation de produits bruts, miniers ou agricoles4. La chute des cours mondiaux, ainsi que la dépréciation du dollar ont mis un terme à une longue période de prospérité relative. On estime ainsi qu'entre 1985 et 1992, les termes de l'échange se sont dégradés de 45 % environ.

L'évolution des cours des principales matières premières exportées par les pays de la zone franc sur la période 1984-1995 est explicite.

Pour la Côte d'Ivoire, par exemple, le café et le cacao qui étaient les « piliers » fondamentaux de l'économie ont cessé d'occuper un rôle moteur et sont au contraire devenus sources de préoccupations », pesant directement -- via la caisse de péréquation -- sur les finances publiques5.

tableau 01

La politique de prêt des bailleurs internationaux, publics comme privés, parfois peu prudente et mal maîtrisée par les pays de la zone franc, est un élément non négligeable qui explique également les déséquilibres constatés. En particulier, certains investissements à la rentabilité non assurée ont été financés sous la pression des fournisseurs, plus soucieux de vendre leur matériel ou leur ingénierie que du développement du pays emprunteur. Ces « éléphants blancs », souvent financés sur prêts garantis, sont des exemples de cette « responsabilité partagée » de la crise de la dette6. Les exemples ne manquent pas, comme le programme de douze complexes sucriers en Côte d'Ivoire, certains hôpitaux, des complexes universitaires, des aéronefs pour des compagnies aériennes nationales...

Une dévaluation liée également à de mauvais choix de politique économique...

Les causes internes des déficits budgétaires sont globalement une faiblesse des recettes propres, en particulier des recettes fiscales reposant essentiellement sur les droits de douane, et une mauvaise maîtrise de la dépense.

Ainsi, le taux de prélèvements obligatoires moyen (% par rapport au PIB des recettes propres : fiscales, non fiscales, apports des caisses de stabilisation, péréquation et de prévoyance sociale) dans la zone est passé de 22,1 % en 1980-1981 à 16,5 % pour la période 1987-1990, alors que dix pays sur les quatorze bénéficient -- ou sont sur le point de bénéficier -- d'un programme soutenu par le FMI. Sur la même période et pour les dix-neuf autres pays constituant le « champ » du ministère de la Coopération, ce taux est de 23,5 %7.

Cela s'explique par une contraction du PIB dans la zone (par habitant et pondéré par le poids relatif du PIB de chaque pays) qui baisse de 3,1 % sur la période 1985-1992, entraînant une baisse des flux commerciaux (accentuée par une détérioration des termes de l'échange et la baisse des cours mondiaux) et donc des recettes douanières.

De plus, l'administration de l'impôt, intérieur ou de porte, peut être désignée comme un facteur majeur de la crise des recettes de l'État. Le système apparaît peu pertinent : prélèvements au cordon douanier en général excessifs et souvent économiquement non cohérents en ce qui concerne leur structure, extension trop grande des impôts déclaratifs, concentrés sur un nombre réduit de contribuables. Peu efficace, il est source de fraudes (fraude à la valeur pour les douanes, accroissement des exonérations non justifiées) et de corruption. La faiblesse des contrôles internes et externes favorise ce mauvais rendement.

Enfin, les mauvaises performances du secteur para-public au lieu de dégager des excédents mobilisables nécessitent des subventions d'équilibre. Soulignons que, à l'instar de l'ancienne puissance coloniale des années 1960, le secteur public est très développé dans les pays de la zone franc, souvent parce que ces pays s'inspirent du modèle socialiste. Ainsi, au Cameroun, on recensait en 1990 150 entreprises publiques ; dans le cadre du programme d'ajustement, une liste prioritaire de 75 entreprises (dont 14 établissements financiers) a été sélectionnée : 38 devaient être réhabilitées, 15 privatisées et 22 dissoutes. C'est la même situation qu'on rencontrait au Congo où l'État intervenait dans des secteurs variés comme la production de sucre (SUCO), le transport (ATC) en plus de la présence plus « classique » dans les secteurs de l'eau et de l'électricité. Au Bénin, on comptait 120 entreprises publiques au début des années 1980, dans des secteurs comme la brasserie (société La Béninoise), la fabrication de cigarettes (société Manucia), les cimenteries...

L'essentiel des efforts d'ajustement, depuis les années 1980, a porté sur la limitation des dépenses en privilégiant -- dans un premier temps -- les investissements. Les résultats obtenus sont cependant fragiles et suscitent des interrogations quant à la pertinence économique et politique de ces baisses. Surtout, elles n'ont pas éliminé les sources potentielles de dérapages et la qualité de la politique budgétaire a été largement sacrifiée à celle du niveau de la dépense. Ces procédures budgétaires mal assumées, tant au niveau de la préparation que du suivi de l'exécution, avec l'existence de dépenses hors budget et l'absence quasi générale de lois de règlement), confortent un niveau encore élevé de dépenses8.

L'une des origines de ce niveau élevé de dépenses est une fonction publique peu productive, notamment par la faiblesse des moyens de fonctionnement, et le plus souvent sur-rémunérée. En effet, par rapport au revenu moyen constaté dans le pays, on relève des multiples compris entre 8 et 10, contre 1,5 en Asie et 1 en Europe. Les effectifs sont variables mais il est difficile de dire qu'ils sont excessifs, sauf dans certains cas manifestes. C'est avant tout le problème de leur maîtrise, de leur répartition et de leur efficacité qui se pose.

La masse salariale dans les pays de la zone franc est proche de 40 % des dépenses totales. Elle est élevée au Sénégal (44% à la veille de la dévaluation), au Congo, en Côte d'Ivoire et au Cameroun (36 %) alors qu'elle est relativement peu élevée au Mali (22 %), en Centrafrique, au Comores.

En 1993, elle représente 57,2 % des recettes propres dans la zone de l'Union monétaire ouest-africaine, UEMOA, et 60,4 % dans la zone Banque des États de l'Afrique centrale, BEAC. Une analyse plus fine révèle dans certains pays des dysfonctionnements significatifs au niveau des primes versées, des prises en charge de dépenses privées par le budget de l'État et des indemnités de voyages et de missions9...

Les programmes de départs volontaires et de réforme de la fonction publique, entrepris dans de nombreux pays avec le soutien de la coopération française et de la Banque mondiale, n'ont pas atteint les objectifs escomptés. C'est notamment le cas au Sénégal ou en République centrafricaine.

Les intérêts de la dette sont le second poste des dépenses courantes. Rappelons qu'entre 1980 et 1985, puis entre 1985 et 1990, l'endettement des pays en voie de développement double, passant ainsi de 47,7 milliards de dollars à 181 milliards de dollars. C'est la situation des quatre pays à revenus intermédiaires de la zone (Cameroun, Gabon, Côte d'Ivoire, Congo) qui est particulièrement préoccupante, notamment en raison des arriérés accumulés.

Ces arriérés accumulés représentent 21,9 % de la dette à long terme en zone UEMOA et 29,4 % en zone BEAC.

Dette extérieure en 1993 dans la zone franc (en millions de dollars US, hors Comores)

UEMOA UDEAC Total ZF
Total 31 193 17 418 46 611
Dette long terme 23 899 14 390 38 289
Dette publique garantie 21 052 14 143 35 195
Dette court terme 6 575 2 890 9 465
Dette arriérés d'intérêt/LT 1 912 1 641 3553

Pour mémoire :

UEMOA UDEAC Total ZF
Arriérés sur principal dette LT10 3 333 2 590 5 923
Envers créanciers publics 1 067 1 352 2 419
Envers créanciers privés 2 266 1 238 3 504

(Source : Banque de France, rapport annuel de la Zone franc 1994)

En effet, pour financer ces déficits, les États ont eu recours au financement direct par les banques centrales, aux avances indirectes via le système bancaire, à l'accumulation d'arriérés intérieurs et extérieurs, à l'endettement extérieur lorsque c'était possible.

Alors que les règles de la zone franc limitent les avances des banques centrales à 20 % des recettes budgétaires de l'exercice écoulé, force est de constater les nombreux dérapages. Le laxisme des autorités a permis de contourner cette règle par les politiques internes de crédit (crédits de campagne, refinancement des établissements publics et para-publics) ; les administrateurs cédant aux pressions politiques.

Faute de refinancement, le système bancaire, mis largement à contribution car souvent sous tutelle étatique, s'est trouvé dans une situation particulièrement grave et faisait craindre une crise de liquidité (cas du Cameroun et de la Côte d'Ivoire, notamment). La diminution des dépôts publics et, au contraire, l'accumulation des arriérés de l'État vis-à-vis des entreprises privées, le non-dénouement des crédits de campagne, la chute des dépôts privés, l'augmentation des découverts autorisés aux entreprises en difficulté, concourent à cette situation et alourdissent les bilans des banques avec une part croissante de crédits compromis.

Pour l'exercice 1993 et pour l'ensemble de la zone (hors Comores), les arriérés se sont montés à 958,6 milliards francs CFA (149,2 milliards internes, 809,4 externes), soit 44,6 % des recettes propres constatées.

Devant cette situation, et constatant les difficultés manifestées par les États dans la mise en œuvre des mesures d'ajustement préconisées, les institutions financières internationales ont suspendu rapidement leurs programmes. En 1993, seuls le Bénin et le Burkina étaient encore « on track ».

Le rôle ambigu de la France

Jusqu'au milieu des années 1980, le compte d'opérations de la zone franc auprès du Trésor public français est positif, les excédents de la Côte d'Ivoire, du Cameroun et du Gabon compensant largement les déficits des autres pays. La France s'accommode de cette situation qui réduit (dans une très faible proportion, il est vrai) son déficit de la balance des paiements.

La question de la parité du franc CFA n'est donc pas encore d'actualité pour la direction du Trésor ou la Banque de France. On constate cependant que les administrateurs français n'ont pas exercé des pressions suffisantes au sein des conseils d'administration des banques centrales pour limiter l'expansion du crédit dans la zone. Ce n'est qu'après 1986 qu'ils protestent plus vivement devant les réticences des banques centrales et des gouvernements à réaliser les ajustements nécessaires, mais des interventions politiques sapent alors une bonne partie de leurs efforts. Certaines dérives ont été évitées mais leur intervention n'a pas été suffisante pour limiter une expansion de l'aide bilatérale française, affectée notamment à la couverture des déficits budgétaires de la Côte d'Ivoire et du Cameroun et au paiement des arriérés les plus pénalisants (ceux de la Côte d'Ivoire vis-à-vis de la Banque mondiale, par exemple).

Néanmoins, pour nombre d'universitaires et les économistes du ministère de la Coopération, le débat avec les institutions financières internationales est déjà engagé. Une étude11 sur l'impact de la dévaluation dans seize pays en développement hors zone franc montre que les effets positifs l'emportent sur les effets négatifs dans huit pays seulement. Une autre étude12 montre que le Ghana, dont l'exemple est vanté par les IBW n'est pas aussi convaincant qu'il n'y paraît et que le rétablissement économique de ce pays est plus lié à des flux d'aides importants qu'à la dévaluation elle-même. Dans les deux cas, les auteurs insistent sur les effets sociaux négatifs d'un ajustement monétaire qui doit donc nécessairement être accompagné par les mesures de soutien.

Dès le début des années 1990 et devant l'amplification de la crise, les divergences entre les positions françaises et celles des IBW se cristallisent : sur la place de l'État et son rôle régulateur, sur la question de la redistribution et de la lutte contre les inégalités, sur les privatisations, sur les politiques et les méthodes en matière de développement rural et bien évidemment sur l'ajustement monétaire13... Toutefois, on constate que, progressivement et par pragmatisme, la coopération française adopte une posture ambivalente d'adhésion critique aux politiques conduites par les IBW, faisant la même analyse des origines de la crise. Elle accompagne les politiques mises en œuvre par les pays « ajustés » mais s'efforce de donner à ces derniers les moyens de les contrôler en produisant leurs propres prévisions et modélisation. Elle préconise « l'ajustement en terme réel14 », appuyant les réformes structurelles les plus importantes comme la restructuration des filières agricoles, les privatisations industrielles et commerciales, la réforme des fonctions publiques, celle du système bancaire, soulignant constamment la place de l'État comme principal agent régulateur.

Cette politique s'est radicalement modifiée en 1993 avec la « doctrine d'Abidjan » ou « doctrine Balladur »15.

Soumise au « politique » et longtemps réfractaire à toute modification des relations particulières qu'elle entretenait avec les pays de la zone franc, la direction du Trésor a finalement dû accepter l'idée d'une dévaluation, sans remettre en cause les principes de parité fixe par rapport au franc (puis à l'euro), de garantie du Trésor français, du compte d'opérations et de participation aux conseils d'administration des Banques centrales de la zone16.

Outre le changement de politique après les élections de 1993 qui se traduit notamment par une volonté de « normalisation » des relations avec les pays africains en général, cette dévaluation s'est faite sous contrainte budgétaire française forte. La France (Trésor, CCCE-CFD17, ministère de la Coopération) s'est trouvée dans une situation où elle demeurait seule pour combler les « besoins résiduels de financement » de ses pays partenaires et en particulier de la zone franc. L'ajustement « en termes réels » qui était la position française a trouvé rapidement ses limites, les réformes structurelles dans les pays en crise étant lentes à être mises en œuvre ou à produire leurs effets. Une estimation rapide du total de ces besoins (faite à la demande du Premier ministre) a montré qu'ils dépassaient pour l'année 1994 l'ensemble des crédits disponibles18.

Le FMI, mécontent des efforts des pays de la zone franc en matière de réformes structurelles et suivi en cela par la Banque mondiale, avait posé l'ajustement monétaire comme préalable à la reprise du dialogue. Il avait en particulier suspendu son programme avec la Côte d'Ivoire dès 1991 et avec les autres pays en 1992 et 1993. À la veille de la dévaluation, deux pays seulement étaient encore « sous accord ». Pour faire revenir les institutions de Bretton-Woods (IBW) dans la boucle et satisfaire ces besoins de financement, la dévaluation s'imposait19. Le nouveau gouvernement français, par une lettre de son Premier ministre Édouard Balladur adressée le 16 septembre aux chefs d'État de la zone, annonça ainsi qu'après le 31 décembre 1993, la France ne financerait plus les déficits de ses pays partenaires si un accord n'était pas conclu avec le FMI20.

Là aussi, c'est au terme d'un compromis au sein du gouvernement français, puis avec les partenaires de la zone franc, que la décision a été prise, les intérêts des uns et des autres pouvant être très divergents.

Si le président Mitterrand, au nom des relations privilégiées avec certains chefs d'État africains, était hostile à une dévaluation (déclarations en 1992), il en a finalement accepté l'idée, moyennant certaines conditions, au terme d'échanges avec son Premier ministre Édouard Balladur21. À la direction du Trésor, Anne Le Lorier, devenue conseillère à Matignon, a su convaincre ses anciens collègues, sensibles notamment aux pressions des sociétés françaises implantées dans les pays de la zone franc et farouchement hostiles à cette mesure. Au ministère de la Coopération, les directions sectorielles, engagées dans les programmes de restructurations, voulaient encore croire en l'ajustement réel.

La mesure n'était pas souhaitée par les gouvernements africains qui y voyaient des risques politiques majeurs. En particulier le Gabon et le Cameroun n'acceptèrent la dévaluation qu'après avoir reçu des engagements fermes de la France et des institutions de Washington concernant les mesures compensatoires.

Dès lors, et après le retour des institutions financières internationales dans les pays « du champ22 », la politique des acteurs français s'est adaptée à la nouvelle situation. Pour le ministère de Finances français, il s'agissait de préserver la zone franc, son intégrité et ses mécanismes, le rôle de la direction du Trésor, la parité fixe avec le franc et les intérêts des entreprises françaises implantées dans cette zone. Pour cela, un soutien accru aux politiques préconisées par les IBW a été accordé, tant au niveau politique qu'en termes financiers, visant à maintenir la part de l'Afrique francophone dans les soutiens du FMI ou de la Banque mondiale (les prêts des IBW aux pays de la zone franc sont passés de l'équivalent de 599 millions de francs français en 1993 à 7,3 milliards francs français en 1994).

Pour le ministère de la Coopération, il s'agissait essentiellement « d'accompagner » cette dévaluation, d'une part, en en atténuant les coûts sociaux (surtout en direction des populations urbaines avec le fonds spécial de développement), d'autre part, en aidant les pays partenaires à procéder aux réformes structurelles exigées.

Cet « alignement » s'est poursuivi par la suite, fortement encouragé par le ministère des Finances français qui a concentré ses efforts sur les mécanismes de traitement de la dette, tandis que le ministère de la Coopération ou la CCCE se cantonnaient dans une attitude de suivi en accompagnant les programmes des institutions financières internationales (IFIs) et en s'efforçant d'en atténuer les effets négatifs, par exemple en agissant sur le prix des livres scolaires, sur celui des médicaments, en renforçant son appui aux ministères des Finances...

Au-delà de la dévaluation du franc CFA, l'enjeu économique de la zone franc

D'un point de vue strictement économique, quatre dimensions, parmi d'autres, permettent de cerner les contours du franc CFA dans son inscription comme outil de développement et de l'émergence économiques ou, au contraire, comme instrument d'inertie des économies africaines de la zone franc. Il s'agit des dimensions relatives à la part des échanges intracommunautaires, à la compétitivité-prix, au financement de l'économie et, enfin, à l'objectif de croissance dans les missions des banques centrales de la zone.

La faiblesse des échanges intracommunautaires

La part des échanges entre les économies de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est structurellement faible, comprise entre 10% et 15% d'une année à l'autre23. Cette faiblesse du commerce intracommunautaire n'est qu'en apparence étonnante. En effet, dans la mesure où les économies de l'UEMOA maintiennent une insertion primaire au sein du commerce international, elles sont plus substituables que complémentaires les unes vis-à-vis des autres. L'exemple typique est celui du coton, dont la fibre issue de l'égrenage est exportée à 97% sans transformation. Or, six24 des huit États qui forment l'UEMOA exportent la fibre de coton. Il va sans dire qu'il y a peu d'intérêt pour le Mali à exporter sa fibre vers le Burkina Faso et vice versa, alors même que ces États sont à la recherche de devises devant leur permettre de financer leurs importations de biens et services. De fait, l'extraversion réelle des économies de l'UEMOA rend quasiment sans intérêt le fait de partager la même monnaie, en l'occurrence le franc CFA.

Ce constat est effectué par l'ancien président-délégué du Conseil d'analyse économique du gouvernement français, Christian de Boissieu25, qui estime que « la stabilité monétaire organisée dans le cadre de la zone franc n'a pas véritablement eu des conséquences significatives sur la croissance du commerce intra-africain. Donc les effets réels de la stabilité monétaire ont été limités. Il est clair que ce non-décollage de l'interdépendance commerciale est à prendre en considération ; il tient aux spécialisations internationales, aux problèmes de concurrence et de complémentarité, etc. [...] Il est clair qu'avec la zone franc, on a fait l'inverse de ce que l'on veut faire en Europe. En Europe, on a commencé par l'économie réelle et la monnaie unique sera le couronnement. En Afrique, on a fait l'inverse, on a commencé par la coopération monétaire et on attend en bout de course l'intégration économique, qui viendra ou qui ne viendra pas. Donc c'est une transition inverse, et il faudra arriver à télescoper ou à faire s'articuler ces deux schémas de transition inverse ».

Une compétitivité-prix des économies de l'UEMOA en berne

Les économies de l'UEMOA souffrent d'un problème de compétitivité-prix à l'export, du fait de l'arrimage du franc CFA à l'euro, monnaie forte s'il en est. Or, une monnaie forte agit comme une taxe sur les exportations et une subvention sur les importations, rendant difficile l'obtention de l'équilibre de la balance commerciale. L'analyse de l'évolution du taux de change effectif réel (TCER ) permet d'appuyer le constat précédent. De nombreuses études empiriques ont ainsi mis en évidence une surévaluation du franc CFA de l'ordre de 10%26.

En effet, le TCER de la zone s'est apprécié, d'où une perte de compétitivité pour les économies domestiques. L'étude du TCER est primordiale dans la mesure où ce dernier est un indicateur de compétitivité globale, et ses longues déviations par rapport à sa tendance d'équilibre de long terme altèrent les signaux des marchés et induisent d'importants coûts d'ajustement. Qu'il soit positif ou négatif, un désalignement du TCER reflète une mauvaise politique de change, d'allocation des ressources productives, pouvant mener à une crise prolongée, susceptible de plomber les efforts de développement et les dynamiques de croissance.

Un sous-financement chronique des économies de la zone franc

Les économies de la zone franc se caractérisent par un rationnement du crédit, dont les causes renvoient autant à l'agenda caché des deux principales banques centrales de la zone (la BCEAO pour l'espace UEMOA et la BEAC pour l'espace CEMAC), qu'à l'extrême frilosité du système bancaire de la zone.

Pour ce qui concerne le premier point, il est aujourd'hui évident que le principal objectif de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) et de sa consœur, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), est la défense du taux de change entre le franc CFA et l'euro, bien plus que toute autre considération (stabilité des prix ou croissance économique), comme en témoigne la persistance du « Programme monétaire ».

En effet, avant la libéralisation du système financier en 1989, l'encadrement du crédit bancaire dans l'UEMOA exigeait que la BCEAO attribue à chaque pays un volume prévisionnel de crédit à octroyer par le système bancaire dudit pays à son économie au cours d'une année donnée. Cet exercice était effectué tous les mois de novembre lors d'une réunion appelée « Programme monétaire », qui consacrait à juste titre une gestion par les quantités (volume de crédit alloué aux différents systèmes bancaires nationaux) dans un contexte où les prix (taux d'intérêt) n'avaient que peu de portée.

Or, du fait de l'impératif de s'assurer un montant plancher de devises, le « Programme monétaire » se déroule toujours et continue d'attribuer un volume précis de liquidités aux économies via les systèmes bancaires nationaux. Ainsi, le risque de puiser dans les devises de la Banque centrale pour financer des importations massives consécutives à une ouverture trop grande des vannes du crédit bancaire est limité, ainsi que tout risque de dévaluation du franc CFA. On se retrouve donc dans un système où la gestion par les prix (taux d'intérêt) est théoriquement chargée de réguler le volume des liquidités bancaires, mais où, en réalité, l'ancien système d'encadrement du crédit perdure.

Pour ce qui concerne le second point, celui de la frilosité du système bancaire, il n'est, au final, que le corollaire du premier, à savoir la manifestation d'une répression financière qui alimente la répression monétaire.

En effet, une caractéristique majeure du système financier de la zone franc est la structure fortement oligopolistique du secteur bancaire, constituant un facteur de rigidité des taux d'intérêt débiteurs des banques27. Les banques de l'UEMOA n'ont pas réellement besoin de la BCEAO pour se refinancer dans la mesure où elles sont non seulement surliquides28, mais adoptent un comportement d'entente tacite ou avéré, avec comme objectif la maximisation du profit à court terme. Ceci les conduit à privilégier l'octroi de crédit aux entreprises d'État, nouvellement privatisées ou en voie de l'être, à forte rentabilité escomptée et à réduire de leur portefeuille les activités de financement de long terme et/ou des petites et moyennes entreprises. Dans ce contexte, le nombre extrêmement faible de banques à capitaux sous-régionaux opérant dans l'UEMOA et la faillite des banques dites de « développement », emportées par une mauvaise gouvernance chronique, empêchent l'exercice d'un véritable partenariat pour le développement de la zone.

Le résultat final de ces deux constats à savoir, d'une part, la prééminence de la défense du taux de change entre le franc CFA et l'euro sur les évolutions conjoncturelles internes et, d'autre part, le rationnement endogène du crédit bancaire, est la constitution de réserves de change excessives des banques centrales de la zone franc auprès du Trésor français. En effet, pour la zone UEMOA, les avoirs extérieurs nets s'élèvent au 31 décembre 2013 à 4 950, 4 milliards de francs CFA pour la BCEAO, soit un taux de couverture de l'émission monétaire de 90,4%. Pour la zone CEMAC, les avoirs extérieurs nets s'élèvent à la même période à 8 123,203 milliards de franc CFA pour la BEAC, soit un taux de couverture de l'émission monétaire de 97,9%29, via le mécanisme dit du « compte d'opérations »30.

L'absence d'objectif de croissance dans les missions de la BCEAO

La BCEAO a opté pour une cible d'inflation de 2% comme principal objectif de la politique monétaire de l'UEMOA31. Un tel choix provient de l'arrimage du franc CFA à l'euro car cette cible est celle retenue par la Banque centrale européenne (BCE). Or, dans un régime de taux de change fixe avec une libre circulation des capitaux, il est impossible pour la BCEAO d'avoir une politique monétaire durablement différente de celle de la zone ancre, c'est-à-dire la zone euro, conformément aux enseignements du « triangle des incompatibilités de Mundell »32. Ce rattachement institutionnel, hérité des accords de coopération entre la France et l'UMOA/UEMOA, contraint donc la BCEAO dans sa capacité de choix de son objectif de politique monétaire. En effet, dans un régime de changes fixes, l'inflation contribue, du fait de la perte de compétitivité qu'elle engendre, à la détérioration progressive des comptes extérieurs et à la surévaluation du taux de change, fragilisant ainsi la parité entre les monnaies.

De fait, la cible d'inflation de 2% retenue par la BCEAO, identique à celle de la Banque centrale européenne, semble impérative au regard des contraintes qu'induit l'existence d'un taux de change fixe entre les deux zones. Cette cible peut ne pas être problématique si l'on retient le principe suivant lequel « ce qui est bon pour la zone euro est bon pour la zone CFA ». Rien n'est moins sûr cependant, au regard de la pertinence de cette cible d'inflation pour la zone euro, en butte aux critiques d'économistes d'obédience keynésienne33, mais surtout, ici, en termes de pertinence pour la zone UEMOA : les défis qui se posent à ces pays en développement sont autrement plus complexes et la contribution potentielle de la monnaie à la réalisation de la croissance économique devrait pouvoir susciter une large réflexion. L'adoption d'une telle cible d'inflation peut en effet sembler exagérément restrictive pour des économies qui auraient besoin de 7% de croissance du PIB pour réduire de moitié la pauvreté de leurs populations.

Il est étonnant de constater que la BCEAO se préoccupe si peu de croissance et de développement économiques. La littérature empirique sur la question est pourtant prolixe. On peut, par exemple, rappeler que la poursuite simultanée de la stabilité des prix et d'une forte croissance économique a nourri le débat sur la courbe de Phillips34, c'est-à-dire sur la nécessité d'effectuer un arbitrage entre inflation et chômage. Différentes études empiriques, menées notamment dans la zone UEMOA35 et dans les économies en transition36, ont par ailleurs montré que les politiques monétaires restrictives avaient un impact macroéconomique récessif37 tandis que des modèles néo-structuralistes38 insistent sur les effets pervers liés à l'adoption de politiques monétaires restrictives dans les économies en développement.

Au final, la politique monétaire de la BCEAO et, partant, la gestion du franc CFA, souffrent incontestablement d'un déficit de contextualisation du rôle et des missions d'une banque centrale et de la monnaie, dans le contexte d'économies en développement parmi les plus pauvres du monde, faiblement monétarisées et bancarisées. Il serait souhaitable que la BCEAO fasse preuve de plus de pragmatisme, en s'inspirant par exemple de l'adoption de politiques monétaires dites « non conventionnelles » par les banques centrales des pays industrialisés, notamment dans le contexte de la crise de la dette « post subprimes » et du risque de déflation mondiale39.

Une analyse approfondie des déterminants d'une croissance économique forte devrait permettre à la BCEAO de justifier théoriquement et empiriquement une inflexion notable d'orientation de sa politique monétaire. À cet égard, Adama Combey et Kako Nubukpo40 suggèrent qu'il est possible d'obtenir un supplément de croissance économique par le biais d'une politique monétaire expansionniste, avec un taux optimal d'inflation de 8 %, bien loin de la cible actuelle de 2 % visée par la BCEAO.

À la lumière des leçons apprises de l'histoire monétaire de la zone franc et de l'orientation actuelle des différentes banques centrales pour faire face à la crise des finances publiques dans les pays développés à économie de marché ainsi que du contexte pandémique actuel, les deux principales banques centrales de la zone franc (BCEAO et BEAC) devraient privilégier :

-- le renforcement de la coordination entre la politique monétaire et les politiques budgétaires nationales (le Policy mix) pour une croissance économique forte et durable des économies de la zone franc ;

-- une maîtrise et une efficacité accrues des canaux de transmission de la politique monétaire ;

-- un régime de change du franc CFA plus flexible.

Tirant notamment leçon des expériences des pays émergents et, compte tenu de la structure des économies de la zone franc, une certaine dose de flexibilité en matière de change s'avère indispensable pour une croissance économique forte et durable pour les économies de la zone franc, gage de l'émergence. Les réflexions en cours41 suggèrent que le régime de change optimal pour la zone UEMOA pourrait être un régime de change à flexibilité limitée avec une monnaie arrimée à un panier de devises à pondération diverse. Les devises à prendre en compte dans ce panier de monnaies devraient tenir compte de l'orientation stratégique du commerce extérieur et des principaux partenaires des États de la zone franc. On pourrait dès lors penser à une composition comportant le dollar américain, l'euro, le yuan, la livre Sterling et le yen. Dans ce panier de monnaies, le dollar et l'euro pourraient avoir les pondérations les plus importantes. En outre, une telle évolution permettrait d'envisager plus favorablement à l'avenir (cf. infra), la mise en place de nouveaux arrangements institutionnels, à l'instar de la monnaie éco de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

L'enjeu politique et sociétal

Il aura fallu attendre presque un demi-siècle entre les protestations africaines du début des années 1970 et le 10 décembre 2020 pour que soit autorisée par l'Assemblée nationale française la ratification d'un nouvel accord de coopération monétaire entre la France et les États de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), rendant ainsi caduc celui de 1973. Ce nouvel accord grave dans le marbre les annonces faites à Abidjan le 21 décembre 2019 par les chefs d'États français et ivoirien, à savoir le changement du nom de la monnaie, le retrait des représentants français au sein des instances de l'UEMOA et la fermeture du compte d'opérations logé au Trésor français, hébergeant une partie des réserves de change des États de la zone franc.

C'est une décision historique pour deux raisons. Premièrement, c'est la première fois depuis soixante-quinze ans qu'on acte le principe du changement du nom de cette monnaie. En effet, depuis le 26 décembre 1945, et malgré les différentes évolutions, on a gardé l'acronyme CFA pour « colonies françaises d'Afrique ». Ce qui fait que dans l'imaginaire populaire, le CFA n'a pas bougé. Mais, conformément à la lecture institutionnaliste de la monnaie, cette dernière dépasse le seul cadre de l'économie, car renvoyant à l'identité. Il suffit de se rappeler les débats qui ont eu lieu au moment de la création de l'euro. L'Allemagne ne voulait pas abandonner le deutsche mark parce que le mark représente l'identité allemande. Il est impossible de demander aux Américains de compter en yen parce que leur identité, c'est le dollar. L'unité de compte de la monnaie, c'est la fonction première de la monnaie. La monnaie est un fait social total. Ce n'est pas que de l'économie. La décision qui a été annoncée le 21 décembre 2019 à Abidjan est un fait historique, un fait politique et un fait sociétal. La dimension symbolique est aussi importante que le reste et de fait le changement de nom de la monnaie est une rupture par rapport à l'ordre existant. De plus, ce nom est celui choisi pour la future monnaie unique des quinze pays de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Après, les modalités de cette rupture peuvent ne pas être évidentes tout de suite (cf. infra).

Il convient également de souligner la fermeture du compte d'opération et le renoncement par Paris du dépôt d'au moins 50 % des réserves de change des pays de la zone franc auprès du Trésor français avec en sus le retrait des Français de toutes les instances de décisions de l'UEMOA. Toutes ces décisions marquent bien la fin d'une époque, puisque la France sort de la gestion monétaire quotidienne des États de l'UEMOA. Un faisceau de convergences a conduit à accélérer les choses, notamment un élargissement des parties prenantes dans le débat qui a permis de banaliser, au sens positif du terme, ce qui apparaissait au départ comme une polémique. On pourrait mentionner quatre facteurs parmi d'autres qui ont impulsé la décision des chefs d'État français et africains.

Il y a le travail des chercheurs-économistes, notamment l'ouvrage Sortir l'Afrique de la servitude monétaire : à qui profite le franc CFA ? dont la parution a favorisé la tenue de nombreux colloques scientifiques et d'émissions grand public. Ensuite, il y a les sociétés civiles africaines et les diasporas qui se sont mobilisées. On a aussi vu des figures comme Kémi Séba qui a été jusqu'à brûler un billet de 5 000 francs CFA en public à Dakar. Différents mouvements comme Y'en a marre au Sénégal, le Balai citoyen au Burkina Faso qui ont aussi rué dans les brancards. Le rôle de ces divers acteurs a été fondamental, car ce sont eux que le président Emmanuel Macron a écoutés. Le président français a joué un rôle important du fait de la création du Conseil présidentiel pour l'Afrique, dont le rôle est de remonter les souhaits des sociétés civiles africaines du continent et de ses diasporas vers l'exécutif français.

Le deuxième facteur, c'est le Fonds monétaire international (FMI). En 2016, Christine Lagarde s'était déplacée en personne à Yaoundé pour solliciter de la part des chefs d'État de l'Afrique centrale une dévaluation du franc CFA, parce qu'elle estimait que les réserves de changes de la Cemac étaient quasiment proches de zéro. Depuis la dévaluation de 1994, le FMI est resté très vigilant sur la gestion monétaire dans la zone franc, ce qui constitue un élément de pression additionnel.

Le troisième facteur, c'est la Chine. Il y a une percée de la Chine sur le plan économique, mais aussi monétaire. Les États africains s'étant fortement endettés vis-à-vis de la Chine, ils sont à l'heure actuelle obligés de négocier avec le FMI et le G20 pour des remises de dettes, comme en témoigne l'exemple du Congo-Brazzaville. La Chine est rentrée dans la zone franc par le biais de l'endettement et aussi par le biais de ce qu'on appelle « l'Angola mode ». Depuis le 15 août 2016, l'Angola a adopté la monnaie chinoise ayant cours légal et pouvoir libératoire42 sur tout le territoire angolais. En août 2018, le Nigeria a, pour sa part, passé un accord avec la Chine qui permet de contourner le dollar et l'euro pour faire des transactions entre le yuan chinois et le naira nigérian. Cette internationalisation des échanges donne l'impression que le franc CFA constitue une sorte de relique coloniale.

Le quatrième facteur est l'arrivée dans le débat de pays européens comme l'Italie, qui a fortement attaqué la France en disant qu'avec le franc CFA elle maintenait des colonies en Afrique, pour citer les propos de Luigi Di Maio et Matteo Salvini au printemps 2019. Enfin, à la fin de cette même année 2019, il y a eu le sommet Russie-Afrique de Sotchi où les Russes ont clairement pris fait et cause pour les anti-CFA.

Le franc CFA est de plus en plus perçu comme une illustration frappante de la forte extraversion économique et politique qui caractérise les sociétés africaines de la zone franc. La parité fixe avec l'euro continue d'être garantie par le Trésor public français, contraignant jusqu'au mois de décembre 2020 quinze pays qui l'utilisent toujours à déposer au moins 50% de leurs réserves de change dans le compte d'opérations logé à la Banque de France. Dans ces conditions, les États africains ne sont pas en capacité de décider de leur politique monétaire, délégant ainsi à l'ancienne puissance coloniale un des éléments cruciaux de la souveraineté qu'est le pouvoir de battre monnaie. Cette situation perdure pour deux raisons assez facilement identifiables : la supposée stabilité de cette monnaie due à son arrimage à l'euro, stabilité artificielle puisqu'elle alimente l'instabilité du secteur réel de l'économie du fait du rationnement du crédit productif, et une monnaie qui sert les intérêts d'une élite prédatrice qui épargne dans la zone euro, préférant ainsi le capitalisme de rente à un réinvestissement des capitaux dans leur pays respectif.

Dans ces conditions, il semble légitime de plaider pour une souveraineté monétaire, non pas en cherchant à opposer systématiquement gouvernés et gouvernants ou même en adhérant à un discours anti-Français. Il est important que les États africains francophones de demain soient pleinement dépositaires de leurs politiques monétaires, économiques, et donc puissent choisir pleinement et en conscience la destinée de leur pays dans un souci de développement inclusif.

La monnaie est un fait social total. Son changement ne résoudra pas tous les problèmes auxquels les Africains de la zone CFA sont confrontés mais il y a un symbole et un saut qualitatif à franchir : c'est l'affranchissement total vis-à-vis de la France afin que demain il puisse être possible de construire ensemble des partenariats gagnant-gagnant conçus sur une base égalitaire, choisis sur des critères compétitifs et en rupture totale avec ce reliquat colonial.

Aujourd'hui, ce sont les jeunes qui se sont emparés du sujet, dans des manifestations, des échanges sur les réseaux sociaux, etc. Le « printemps africain » se lève et ce sont les peuples qui, aujourd'hui, harassés par des gouvernements autoritaires et corrompus, par des conditions de vie indécentes, aspirent à ce sursaut démocratique. Et dans les démocraties -- même si les démagogues y sont légion --, c'est le peuple qui est souverain. L'actuel président français a affirmé il y a peu que la démocratie ce n'est pas la rue ; mais dans les pays où la parole est trop souvent confisquée, elle est un baromètre d'opinion que l'on ne saurait négliger.

Au final, la souveraineté, c'est choisir une vision, une communauté de destins indépendamment du Trésor public français. Mais c'est aussi rompre avec une pratique qui permet d'accroître les bénéfices d'une politique de rentes plébiscitée par les élites au bénéfice d'une réinjection des capitaux dans les économies locales. Le compte d'opérations logé auprès du Trésor français a pu constituer, au moment de sa création, un mécanisme d'assurance utile pour se prémunir contre les nombreux chocs exogènes auxquels font face les économies africaines de la zone franc. Cependant, au fil des ans, il est devenu un mécanisme d'assurance tout risque vis-à-vis des défaillances multiples et variées de la gouvernance des dirigeants africains de cette zone. Ces derniers ne se gênent donc pas pour sacrifier l'exigence légitime de souveraineté et la rigueur de vision et de gestion qui en est consubstantielle, sur l'autel de leur mauvaise gouvernance chronique, avec la bénédiction de fait de l'État français.

Cette servitude volontaire aurait pu être le prix à payer pour obtenir une croissance forte et inclusive au sein des pays africains de la zone franc (PAZF). Malheureusement, il n'en est rien et force est de constater qu'à l'heure actuelle, il n'y a pas d'impact positif des politiques macroéconomiques ultra-répressives sur la vie des populations au sein de ces pays.

Les perspectives : quelles options de transition du franc CFA à l'éco ?

Depuis 1960, qui a vu l'indépendance de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, l'intégration monétaire revient dans les débats comme une Arlésienne. En Afrique de l'Ouest, une coopération active a débuté en 1975 avec la création de la Chambre de compensation de l'Afrique de l'Ouest, dont les résultats encourageants ont fait germer en mai 1983 l'idée d'une monnaie commune pour la région. Le 20 avril 2000, à Accra (Ghana), six pays ouest-africains (Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria, Sierra Leone) ont annoncé leur intention de créer une Union monétaire en Afrique de l'Ouest à côté de l'Union monétaire (et économique) ouest-africaine (UMOA/UEMOA), regroupement de huit États ouest-africains essentiellement francophones43 (à l'exception de la Guinée-Bissau), ayant en partage le franc CFA.

Le projet prévoyait une fusion ultérieure de cette seconde union monétaire avec l'UEMOA, afin de faire coïncider les frontières de l'Union monétaire avec celles de la CEDEAO. Ce scénario conduirait l'UEMOA à renoncer au franc CFA pour adopter l'éco, nouvelle monnaie régionale dont le régime de change vis-à-vis de l'euro et du dollar ne fut pas précisé.

Depuis lors, l'inertie règne jusqu'au sommet de la CEDEAO du 29 juin 2019 à Abuja annonçant la création en 2020 de l'éco et la déclaration commune du 21 décembre 2019 à Abidjan par les chefs d'États ivoirien et français, actant la fin du franc CFA et son remplacement par l'éco. Comment peut-on expliquer une telle inertie ? Les problèmes de déficit de convergence nominale des économies sont-ils seuls responsables ? Qu'en est-il de la volonté politique des États de la CEDEAO ? La création de la monnaie unique CEDEAO ne pourrait-elle pas, au contraire, favoriser la convergence des économies de la région ? Enfin, quels schémas de transition du franc CFA à l'éco paraissent plausibles et, au-delà, quelles sont les différentes options possibles pour la mise en place de l'éco?

La CEDEAO, une « zone monétaire optimale » ?

Sur un plan théorique, la plupart des recherches montrent que si les bénéfices d'une monnaie unique sont potentiellement importants entre les pays ouest-africains (en particulier en termes de commerce régional et de performance macroéconomique), les coûts n'en demeurent pas moins importants44. En effet, les analyses montrent que la divergence des chocs est si importante entre les économies ouest-africaines que les coûts d'une union monétaire au niveau de la CEDEAO risqueraient d'être plus importants que les bénéfices attendus. En particulier, le fait que les pays de l'UEMOA soient importateurs nets de pétrole, alors que le Nigeria, véritable géant économique de la zone, en est plutôt exportateur net, rend a priori difficile la mise en place d'une politique monétaire commune à l'espace CEDEAO, dans la mesure où les pays de l'UEMOA et le Nigeria ne sont presque jamais dans la même phase du cycle économique lors de la survenance d'un choc d'offre (par exemple la hausse ou la baisse du prix du pétrole).

Une politique monétaire commune à des pays en opposition de phase dans le cycle économique ne peut être optimale et induirait tôt ou tard la tentation pour certains pays de récupérer leur souveraineté monétaire afin de faire face aux défis spécifiques de leurs économies respectives45.

Cependant, d'autres arguments, fondés notamment sur l'approche endogène des critères d'optimalité46 plaident pour la mise en place d'une monnaie unique CEDEAO. En effet, l'existence même d'une telle union monétaire pourrait être source de développement du commerce régional et donc de lissage intra-régional des chocs affectant les économies de la CEDEAO. En outre, peut se développer la notion de partage des risques, illustrée par la mobilité accrue des facteurs de production, la mise en place d'institutions comme les fonds de compensation et le développement des marchés financiers régionaux.

Le développement du marché régional en Afrique de l'Ouest

Sur la base des critères qui fondent l'optimalité d'une zone monétaire, il ne fait guère de doute que l'UEMOA n'en est pas une47. En effet, les études empiriques montrent qu'il n'y a pas eu d'augmentation du caractère symétrique des chocs (faible corrélation des chocs liés aux termes de l'échange). Ceci s'explique notamment par la forte spécialisation des pays dans la production et surtout l'exportation de quelques matières premières, ce qui exclut une complémentarité entre eux. En outre, il existe une forte hétérogénéité des structures économiques dans une zone où trois types d'économie coexistent : des économies sahéliennes fortement dépendantes des aléas climatiques (Burkina, Mali, Niger), des économies relativement industrialisées et à forte dominance des activités de services (Côte d'Ivoire, Sénégal) et enfin des économies côtières dont la dynamique est clairement tirée par le commerce d'import-export (Bénin, Togo).

Pour ce qui concerne le critère relatif à la mobilité de la main-d'œuvre, cette dernière est restée très faible en dépit de l'existence du traité de l'UEMOA qui prévoit dans son article 4 la libre circulation et le droit d'établissement des personnes exerçant une activité indépendante ou salariée. Les mouvements migratoires semblent être plus liés aux déterminants historiques et culturels qu'aux ajustements économiques. De plus, les difficultés qu'a connues la Côte d'Ivoire à la fin des années 2000, pays le plus important de l'Union sur le plan économique, n'ont pas facilité les migrations de travailleurs en direction de ce pays, dans un contexte de regain nationaliste illustré par les controverses autour de la notion d'« ivoirité ».

Enfin, la faible flexibilité des prix relatifs dans des économies structurellement oligopolistiques, le bas niveau du taux d'épargne couplé à la faible profondeur du marché financier régional, réduisant les transferts intra-communautaires sur le plan microéconomique et la faiblesse des fonds structurels empêchant la mise en place de politiques d'envergure macroéconomique et sectorielle de convergence des pôles régionaux, ont entretenu l'immobilisme du point de vue de la transformation de l'UEMOA en une zone monétaire optimale. De plus, le commerce intra-régional est resté faible, du fait notamment de la structure extravertie des économies (priorité à l'exportation vers les pays du Nord de matières premières agricoles et non agricoles), de l'étroitesse des marchés, des coûts de transport élevés, de la faible productivité du capital et de nombreuses entraves tarifaires et non tarifaires aux échanges.

Dans ce contexte, pourquoi la CEDEAO, qui, pour une grande part, réplique les configurations économiques structurelles de l'UEMOA, réussirait-elle à devenir une zone monétaire optimale, là où celle-ci a échoué ?

Une monnaie unique pour la CEDEAO ?

Plusieurs arguments plaident pourtant en faveur de la capacité de la CEDEAO à devenir une zone monétaire optimale48. Tout d'abord, l'argument libéral de la taille du marché permet de dire que tout choc affectant une économie de la CEDEAO pourrait être plus vite amorti de manière endogène dans l'espace CEDEAO que dans l'UEMOA. Ensuite, les travaux du comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) sur les sous-espaces régionaux au sein de la CEDEAO montrent qu'il existe des flux d'échanges historiquement et culturellement fondés beaucoup plus pérennes que ceux existant dans l'UEMOA.

Par ailleurs, contrairement à l'UEMOA, la CEDEAO dispose d'un pays leader, le Nigeria, potentiellement capable de jouer le rôle de « prêteur en dernier ressort » dans les premiers pas de la monnaie unique, en supportant les coûts de la coordination régionale. A contrario, l'UEMOA pourrait apporter sa grande expérience de gestion d'une union monétaire, notamment les défis rencontrés au quotidien par la Commission de l'UEMOA qui a pour mission de renforcer la base économique de la monnaie commune CFA et, partant, les innovations institutionnelles mises en place.

On touche ici aux limites du caractère strictement économique du projet de création de l'éco. La dualité « pays de l'UEMOA » versus « pays non UEMOA» recoupe implicitement la dualité « pays francophones versus pays anglophones », les lusophones ne pesant pas beaucoup sur un plan géostratégique. Les différences linguistiques cachent des différences de perception et de fonctionnement très marquées.

Ainsi, d'un point de vue politique, la mise en place d'une monnaie unique CEDEAO est un défi qui mériterait d'être relevé à plus d'un titre : l'existence d'une telle monnaie contribuerait à donner une caution d'indépendance d'esprit des chefs d'États de la région et de fondement économique à un espace régional dont les faits d'armes sont pour l'essentiel politiques (résolution de conflits), contrairement à ses missions originelles (communauté économique). Elle permettrait également de couper le cordon ombilical avec la France sur un plan symbolique, reproche récurrent adressé au franc CFA et à l'UEMOA, avec une connotation particulière une année après le soixantième anniversaire des indépendances. Elle obligerait également les dirigeants ouest-africains, par le biais d'une gouvernance irréprochable, à assumer toutes les contreparties de l'indépendance politique et tester « en grandeur nature » leur volonté régulièrement affichée d'œuvrer pour l'intégration régionale.

D'un point de vue strictement pragmatique, l'idée d'une monnaie unique CEDEAO, l'éco, rattachée à un panier de monnaies (dollar, livre sterling, euro)49, plutôt qu'à une seule devise, semble être la meilleure option. En effet, un tel choix redonnerait des marges de manœuvre plus grandes aux politiques macroéconomiques et sectorielles de la région, qui ne seraient plus obligées de suivre le mouvement des taux d'intérêt directeurs de la Banque centrale européenne, à l'instar de ce qui se passe à l'heure actuelle avec la BCEAO dont le principal objectif est la défense du taux de change euro/franc CFA.

En outre, un tel choix de rattachement à un panier de monnaies constituerait une forte incitation à la diversité géographique des échanges commerciaux entre les pays de la CEDEAO et le reste du monde. À l'heure actuelle, même au sein de l'UEMOA a, la France n'est plus le premier partenaire commercial des économies de l'Union, les pays asiatiques occupant désormais la première place.

Quatre options -- parmi d'autres -- paraissent tenir la route pour marier les quinze États membres conviés au banquet de l'éco.

La première option fait de l'éco un simple avatar du franc CFA et parie sur l'élargissement progressif de l'UEMOA aux économies de la CEDEAO ayant le même profil d'exportatrices de matières premières agricoles qu'elle. Dans cette option, la centralisation des réserves de change est fondamentale, et c'est le principal acquis de l'histoire du franc CFA. Elle suppose et traduit une grande solidarité politique entre les États de l'UEMOA et il ne faudra pas l'oublier en cas d'adhésion de nouveaux membres. De même, la question de la garantie extérieure, telle que la France l'exerce dans le contexte institutionnel du franc CFA, a une forte dimension politique : elle fonde la stabilité du système en théorie et en pratique. Si l'on garde le principe de la centralisation des réserves, mais en recentrant leur gestion dans un autre cadre institutionnel, la souveraineté monétaire passe de la France à l'UEMOA puis à la CEDEAO.

La deuxième option est celle d'un éco réel fondé sur la convergence réelle, celle du PIB/tête et non plus, comme dans le cas de l'éco-CFA, sur le respect des critères nominaux de convergence. Dans ce cas de figure, les économies de la CEDEAO auraient l'obligation de converger vers le trio de tête que constituent le Cap-Vert, le Nigeria et le Ghana. L'éco aurait un régime de change flexible encadré par un ciblage de l'inflation. La dynamique de convergence serait alors tout autre et les États de l'UEMOA perdraient leur statut de bons élèves de la convergence et donc de tracteurs du processus de mise en œuvre de l'éco. Mais le Nigeria, véritable poids lourd de la CEDEAO (70% du PIB et 52% de la population), est-il prêt à assumer un rôle de locomotive de la zone éco ? Pourquoi accepterait-il d'être le prêteur en dernier ressort de la CEDEAO et surtout d'abandonner sa monnaie, le naira, dans un contexte actuel marqué par l'utilisation de la planche à billets pour résoudre les tensions internes à la fédération nigériane ?

La troisième option consisterait en un éco-naira. Dans ce cas de figure, on reviendrait à la philosophie initiale de la Zone monétaire ouest-africaine (ZMAO), fondée le 20 avril 2000 à Accra (Ghana), lorsque six pays de la région (Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria, Sierra Leone) ont annoncé leur intention de créer une seconde zone monétaire en Afrique de l'Ouest avec comme monnaie l'éco (à côté du franc CFA de l'UEMOA). Le projet prévoyait une fusion ultérieure de cette zone avec l'UEMOA, afin de faire coïncider les frontières de cette nouvelle union avec celles de la CEDEAO. Mais le sommet d'Abuja annonçant la création de l'éco et le communiqué du Conseil des ministres de la ZMAO du 16 janvier 2020, accusant les États de l'UEMOA de violer l'esprit de la monnaie éco à la suite de la déclaration d'Abidjan, ont compliqué les choses. Tout ceci pourrait déboucher sur la création d'un « éco-naira », sous la houlette d'un Nigeria piqué au vif par l'initiative francophone d'un « éco-CFA » en passe de se réaliser.

La quatrième option est celle de l'éco comme une monnaie commune et non unique. Tandis qu'une monnaie unique est nécessairement une monnaie commune, l'inverse n'est pas forcément vrai. On pourrait imaginer que les pays qui ne sont pas encore en mesure d'adhérer à la monnaie unique se lient à celle-ci par des accords de taux de change. Les mécanismes de résorption symétrique des déséquilibres de balance commerciale pourraient aider à une remise en circulation des surplus à l'intérieur de la zone CEDEAO, en incitant à des processus de spécialisation entre économies qui sont la base pour une augmentation du commerce intra-zone. Qui est à son tour l'un des objectifs économiques et politiques majeurs du processus d'intégration.

Au final, plusieurs options sont sur la table des décideurs ouest-africains. Le processus de création de l'éco apparaît comme un véritable test de crédibilité de la vision et de la gouvernance ouest africaines. Pour la France, ce processus serait plutôt un test de sincérité de sa volonté d'enterrer effectivement le franc CFA.

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La création annoncée d'une monnaie unique CEDEAO pourrait-elle répondre aux multiples défis évoqués plus haut ? Tout d'abord, elle est une décision éminemment politique, à l'instar de la création de la zone franc en 1939. D'un point de vue théorique et empirique, s'agissant de l'UEMOA et de la CEDEAO, ces deux zones monétaires ne sont pas optimales. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a lieu de craindre que la non-optimalité monétaire de la zone UEMOA ne se transforme simplement en non-optimalité monétaire de la zone CEDEAO, eu égard à la manière dont se met en place la future monnaie de cette zone et surtout au vu des caractéristiques structurelles des économies de la région Afrique de l'Ouest.

C'est ici qu'on pourrait cependant tirer des enseignements de l'histoire, pour éviter de tomber dans les mêmes travers, à savoir la pérennisation de l'extraversion des économies de l'UEMOA, insérées de façon primaire au sein du commerce international, déconnectées au quotidien des sanctions qu'impliquerait leur faible performance macroéconomique, protégées par une monnaie CFA pilotée de l'extérieur et fortement incitatrice à l'adoption de comportements rentiers.

La question qui se pose est donc la suivante : la convergence des économies est-elle un préalable ou une conséquence de l'instauration d'une monnaie unique ? Au regard de la zone UEMOA, la réponse est « ni un préalable, ni une conséquence ». L'idéal serait, pour la monnaie unique CEDEAO, à défaut qu'elle soit un préalable, qu'elle devienne une conséquence. Ceci est crucial car, contrairement au franc CFA dont la crédibilité est en définitive celle accordée par les marchés à la solidité de la garantie fournie par le Trésor français, la future monnaie de la CEDEAO ne bénéficiera a priori d'aucun ancrage institutionnel extérieur à la zone CEDEAO. En d'autres termes, le processus de mise en place de cette future monnaie apparaît comme un test de la sincérité des engagements de la France à couper effectivement le cordon ombilical avec ses anciennes colonies et un test de la crédibilité de la gouvernance politique et économique des États ouest-africains. La réussite de ce saut sans filet de sécurité dans l'inconnu suppose l'effectivité d'un certain nombre de facteurs : une intensification des échanges commerciaux au sein de la CEDEAO, favorable à la synchronisation des cycles économiques dans la zone ; un accroissement des mécanismes de partage des risques, suite à des chocs asymétriques ; une conviction profonde et partagée d'une communauté de destin, fondée sur le caractère incontournable de l'intégration monétaire, économique et commerciale au sein de la CEDEAO comme seule voie envisageable de développement endogène de l'Afrique de l'Ouest. Ceci est crucial pour surmonter les turbulences liées à la phase de transition, caractérisée forcément par des périodes de tentations de sorties de certains pays de l'Union, puis de nouvelles entrées et même des refus de participation de certains pays, au moins à court terme. Ces tâtonnements représentent des « passages obligés » de tout processus de création d'une unification monétaire lorsque cette dernière n'est pas imposée de l'extérieur. Rappelons que l'Union européenne a mis trente ans pour passer du Rapport Werner à la mise en place effective de l'euro.


  1. La zone franc est composée de quinze États dont huit en Afrique de l'Ouest (Benin, Burkina, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), six en Afrique centrale (Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad) et Les Comores. 

  2. La croissance du PIB pour les pays industrialisés passe de 1,3 % en 1991 à 2 % en 1992, 2,5 % en 1993, 3,7 % en 1994. Sur la même période, celle de l'Afrique est de 1,9 % puis 0,7 % en 1992 et 1993, avant de remonter à 2,5 % en 1994. (Source : World Economic Outlook, Banque mondiale). 

  3. Chiffres extraits du Rapport sur la Zone franc 1974, Banque de France. 

  4. Sur les quatre années précédant la dévaluation, les exportations de pétrole représentent 80 % des exportations du Congo, 74 % de celles du Gabon, 46 % au Cameroun. Celles de café et cacao 40 % en Côte d'Ivoire, le coton 45 % au Mali. Seul le Sénégal apparaît plus diversifié suite à la chute des exportations d'arachide. 

  5. Les exportations de cacao qui rapportaient 498,7 milliards de francs CFA en 1986 ne rapportent plus que 247 milliards de francs CFA en 1992. Pour le café, on passe de 266 milliards de francs CFA à 46,5 milliards de francs CFA. Voir Ngaladjo Bamba, Bernard Contamin, Kanvaly Diomande et Mamadou Koulibaly, « Crise économique et programmes d'ajustement structurel en Côte d'Ivoire », Actes du colloque de Bingerville, GIDIS/ORSTOM, décembre 1992. 

  6. Dans Eric Fottorino, Erik Orsenna et Christophe Guillemin, Besoin d'Afrique, Paris, Fayard, 1992, les auteurs citent une étude de 1985 qui indiquait que « sur 343 projets de grande envergure, 195 fonctionnaient mal et 79 étaient purement et simplement arrêtés ». 

  7. Données tirées des « Les États d'Afrique, de l'océan indien et des Caraïbes » EAOIC, ministère de la Coopération, collection « Études et documents », éditions 1992, 1993. 

  8. Ces mauvaises performances budgétaires dans la zone franc sont anciennes. La moyenne des déficits budgétaires (hors dons) dans les États africains hors zone franc et suivant un programme d'ajustement structurel a diminué de 2,8 % du PIB entre les deux périodes 1980-1985 et 1986-1992, alors que sur la même période ils ont augmenté en moyenne de 1,4 % dans la zone franc. 

  9. Pour l'anecdote, nous avons relevé le cas d'un cadre de la BEAC qui totalisait plus de 365 jours de mission par an, d'un haut fonctionnaire centrafricain dont la consommation d'eau à son domicile privé (et prise en charge par le budget national) était supérieure à son traitement mensuel. 

  10. « LT » pour « long terme ». 

  11. P. Jacquemot et E. Assidon (éd.), Politique de change et ajustement en Afrique, ministère de la Coopération et du développement, 1988. 

  12. Claude Freud, « La zone Franc est-elle le bouc-émissaire de l'échec du développement ? », Cahiers d'études africaines, vol. 31, n°121-122, 1991. 

  13. Voir articles de Jacques Schwartz « L'ajustement au quotidien » et L. Gilles « Les institutions de Bretton-Woods en République de Guinée » dans Politique africaine n°36, Paris, Karthala, 1989. Le rapport d'activité du ministère de la Coopération pour 1989-1990 indique (p. 15) : « L'ajustement --conçu comme un processus globalisant -- devrait permettre à terme de redéfinir la place de l'État : comme "arbitre" dans le domaine économique et comme garant d'une certaine redistribution dans le domaine social. » 

  14. Dans le rapport d'activité du ministère de la Coopération pour 1989-1990 (op.cit.), la position du ministère est ainsi définie (p. 39) : « L'ajustement n'est pas la recherche d'un "équilibre par le bas" et d'une réduction systématique de la dépense, au risque d'une pression intolérable sur les pays les plus pauvres en particulier. C'est assainir l'appareil économique pour qu'il fonctionne mieux et redevienne un instrument de développement. C'est donc améliorer la gestion des ressources disponibles (finances publiques, entreprises publiques, filières de production, politique monétaire et financière) ». 

  15. La « doctrine d'Abidjan », ou encore appelée « doctrine Balladur », a été théorisée et surtout appliquée à partir de 1993 lorsqu'il fut admis qu'aucun pays africain de la zone franc en délicatesse avec les conditionnalités du Fonds monétaire international et/ou de la Banque mondiale ne saurait prétendre à un appui financier français. Pour en savoir plus, voir Béatrice Hibou, « La politique économique de la France en zone franc », Politique africaine, n°58, juin 1995, Paris, Karthala, pp. 25-40. Voir également Kako Nubukpo, « Politique monétaire et servitude volontaire : la gestion du franc CFA par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) », Politique africaine, n°105, mars 2007, Paris Karthala, pp. 70-82. 

  16. Sur le poids du « politique », voir notamment David Stasavage, « La zone franc et l'équilibre budgétaire », Revue d'économie du développement, n°4, 4ème année, 1996. « Les responsables français ont préféré un financement pour assurer la stabilité politique à court terme. Les responsables du Trésor et d'autres responsables "techniques" qui n'avaient pas d'intérêt dans la préservation du système existant ont eu une opinion très différente » (p. 161). 

  17. Caisse centrale de coopération économique/ Caisse française de développement. 

  18. Les besoins résiduels (hors aménagement de dette) d'aide « hors projet » furent évalués à 14 milliards francs français pour 1994, soit plus de 40 % de l'aide bilatérale française. Les crédits destinés à l'ajustement structurel étaient ainsi passés d'une moyenne de 569 millions francs français en 1984-1986 à 1943 millions francs français en 1987-1990, et à 3638 millions francs français sur la période 1991-1993. 

  19. Il convient d'avoir à l'esprit le côté « multiplicateur » d'un accord avec le FMI. Pour nombre de bailleurs, il s'agit d'un véritable « feu vert », d'un catalyseur, pour les aides hors projet. Concernant « l'ultimatum » du FMI, le président Diouf fait état dans ses Mémoires, Paris, Seuil, 2014, des propos échangés avec Michel Camdessus : « Vous avez atteint la limite de l'ajustement réel, me dit-il. La seule chose qui peut vous aider, c'est l'ajustement monétaire. » 

  20. Article d'Édouard Balladur « Pour une solidarité exigeante » dans Le Monde du 23 septembre 1993 : « Nous ne pourrons plus intervenir si certains pays préfèrent rester à l'écart de la communauté financière internationale et des règles de bonne gestion. » 

  21. Échanges du 22 décembre 1993, relaté par Michel Roussin, ancien ministre de la Coopération dans Afrique majeure, Paris, éditions France-Empire 1997. 

  22. Pour désigner communément les pays, essentiellement francophones, bénéficiant de l'aide publique au développement. 

  23. En guise de comparaison, cette part est supérieure à 60 % au sein de la zone euro. 

  24. Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, le Sénégal et le Togo. 

  25. Dans La France et l'outre-mer : un siècle de relations monétaires et financières, Actes du Colloque tenu à Bercy les 13, 14 et 15 novembre 1996, Paris, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 1998, p. 695. 

  26. Cédric Kiema, Kako Nubukpo, Gilles Sanou, « Impact d'une dévaluation du franc CFA sur la balance commerciale et la production dans les pays de l'UEMOA », Communication au Colloque sur les « Chocs dans les pays en développement », DIAL / Université Paris-Dauphine, Paris, 30 juin-1er juillet 2011. Cécile Couharde, Isssiaka Coulibaly et Olivier Damette, « Misalignments and Dynamics of Real Exchange Rates in the CFA Franc Zone », EconomiX Working Papers, 28, 2011. 

  27. Pape Lamine Diop, « L'impact des taux directeurs de la BCEAO sur les taux débiteurs des banques », Notes d'Information et Statistiques, Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest, n°483-484, juillet-août-septembre 1998. 

  28. Une banque est dite « surliquide » lorsqu'elle détient régulièrement des disponibilités dans ses caisses largement supérieures aux réserves obligatoires qui sont imposées par la réglementation bancaire. Ces disponibilités pourraient servir à octroyer de nouveaux prêts, réduisant ainsi cette « surliquidité ». 

  29. Voir en ligne les rapports annuels de la zone franc pour 2013 parus en octobre 2014. Pour la zone UEMOA, voir p. 67 : « montant des avoirs extérieurs nets », p. 71 (« aux de couverture de l'émission monétaire ». Pour la zone CEMAC, voir p. 89 « montant des avoirs extérieurs nets » et p. 92 « taux de couverture de l'émission monétaire ». UEMOA [https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/Eurosysteme_et_international/3.1.Politique-et-agregats-monetaires-en-UEMOA.pdf]{.underline}. CEMAC [https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/Eurosysteme_et_international/3.2.Politique-et-agregats-monetaires-en-CEMAC.pdf.]{.underline} 

  30. Kako Nubukpo, « Politique monétaire et servitude volontaire : la gestion du franc CFA par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) », Politique Africaine, n°105, mars 2007, Paris Karthala, pp. 70-82. 

  31. La BCEAO se veut ainsi plus vertueuse que la Conférence des chefs d'États de l'UEMOA, laquelle a retenu une cible d'inflation de 3 % dans le cadre des critères de convergence macroéconomique. 

  32. Robert A. Mundell, « A Theory of Optimum Currency Areas », American Economic Review, vol. 51, n°4, septembre 1961. 

  33. Voir Philippe Aghion, Élie Cohen et Jean Pisani-Ferry, Politique économique et croissance en Europe, Rapport n°59, La Documentation française, Paris, 2006. 

  34. La courbe de Phillips rend compte de l'arbitrage existant entre inflation et chômage. En effet, elle suggère qu'il est possible d'obtenir un supplément de croissance économique devant se traduire par une baisse du chômage, par le biais d'une politique monétaire expansionniste. La hausse du taux d'inflation, conséquence de la politique monétaire expansionniste, serait le prix à payer pour obtenir la croissance. Un tel enchaînement des mécanismes a été remis en cause par Edmund Phelps et Milton Friedman (1968-1969), puis Thomas Sargent et Neil Wallace (1975), qui montrèrent, grâce à l'introduction des anticipations dites adaptatives, puis rationnelles, dans les modèles keynésiens, l'absence d'arbitrage entre inflation et chômage. La réponse des nouveaux keynésiens fut de réhabiliter la courbe de Phillips en passant par l'hypothèse d'imparfaite flexibilité des prix. 

  35. Adama Combey et Kako Nubukpo, Les Effets non linéaires de l'inflation sur la croissance dans l'UEMOA, Communication au Symposium de l'Institut Monétaire de l'Afrique de l'Ouest (IMAO) sur « L'Intégration monétaire en Afrique de l'Ouest », Accra, Ghana, 8-9 juin 2010. 

  36. Guillermo Calvo et Fabrizio Coricelli, « Output Collapse in Eastern Europe: The Role of Credit », IMF Staff Papers, vol. 40, n°1, mars 1993, pp. 32-52. Pépita Ould-Ahmed, « Politiques monétaires, comportements bancaires et crises de financement en Russie : les vicissitudes des années 1990 », Revue d'études comparatives Est-Ouest, vol. 30, n°2-3, 1999, pp. 89-121. 

  37. Pépita Ould-Ahmed, op.cit., en particulier, illustre ce constat à partir de l'analyse des deux vagues de politiques monétaires restrictives en Russie de 1993 à 1999. 

  38. Sweder van Wijnbergen, « Credit Policy, Inflation and Growth in a Financially Repressed Economy », Journal of Development Economics, vol.13, n° 1-2, août 1983 et Sweder van Wijnbergen, « Interest Rate Management in LDCs », Journal of Monetary Economics, vol.12, n°3, septembre 1983. 

  39. Emmanuel Carré, « Les politiques monétaires non conventionnelles de la BCE : théories et pratiques », L'Économie Politique, vol.66, n°2, 2015, pp. 42-55. 

  40. Adama Combey et Kako Nubukpo, Les Effets non linéaires de l'inflation sur la croissance dans l'UEMOA,, op. cit. 

  41. Kako Nubukpo, Hechely Lawson, Ampiah Sodji, « Politique monétaire et émergence : quels enseignements pour le Togo ?* *», Communication au colloque du Comité national de politique économique du Togo (CNPE), « Quelles politiques pour l'émergence du Togo ? », Lomé, le 5 mars 2015. 

  42. Permettre à son détenteur de pouvoir « se libérer » de ses dettes en les payant est un attribut de la monnaie, d'où l'expression « pouvoir libératoire » de la monnaie. 

  43. Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo. 

  44. Paul Masson et Catherine Patillo, « Monetary Union in West Africa (ECOWAS) », IMF Occasional Papers 204, International Monetary Fund, 2001 ; Paul Masson et Catherine Patillo, « Monetary Union in West Africa : an Agency of Restraint for Fiscal Policies ? », Journal of African Economies, vol. 11, n°3, 2002, pp. 387-412 ; Agnès Bénassy-Quéré et Maylis Coupet, « On the Adequacy of Monetary Arrangements in Sub-Saharan Africa », World Economy, vol. 28, n°3, 2005, pp. 349-373 ; Romain Houssa, « Monetary Union in West Africa and Asymmetric Shocks : A Dynamic Structural Factor Model Approach », Journal of Development Economics, vol. 85, n°1-2, 2008, pp. 319-347 ; Sampawende Jules Tapsoba, « Union monétaire en Afrique de l'Ouest : Quelles réponses à l'hétérogénéité des chocs ? », CERDI, Études et documents, n°12, avril 2009. 

  45. Rappelons que la théorie originelle des zones monétaires optimales (ZMO) établie par Robert A. Mundell (« A Theory of Optimum Currency Areas », American Economic Review, vol. 51, n°4, septembre 1961) considère la perte de la politique monétaire sur le plan national comme le principal coût de l'adhésion d'un pays à une union monétaire. 

  46. Jeffrey A. Frankel et Andrew K. Rose, « The Endogeneity of Optimum Currency Area Criteria », The Economic Journal, vol. 108, n°449, 1998, pp. 1009-1025. 

  47. Kako Nubukpo, « Misalignment of Exchange Rates: What Lessons for Growth and Policy Mix in the WAEMU ? », Global Economic Governance Programme, Working Paper n°126, University of Oxford, mars 2017. 

  48. Eswar Prasad, « Union monétaire de la CEDEAO : options et considérations », université de Cornell, Brookings Institution et NBER, mai 2019. 

  49. Le yuan chinois est ancré au dollar.